CF Evolution, mentor coach professionnelle

Vers la parité familiale et professionnelle : une période bousculée

" La première égalité, c'est l'équité "
Victor Hugo

2 images côte à côte, la 1ère les mains sur la table avec des près d'un ordinateur, la 2ème avec une partie de stéthoscope posé sur le clavier d'un ordinateur portable

Concernant le texte de référence[1], nous le trouvons moderne car il soulève des questions d’actualité en lien avec l’évolution des modèles familiaux, et plus récemment, avec une adaptation contrainte des modes d’organisation du travail. Dès l’arrivée de la COVID-19, nous nous interrogeons sur l’impact du confinement, à plus long terme, sur l’organisation professionnelle qui rentre dans les foyers via le télétravail notamment. Ainsi que la volonté de questionner la parité familiale et professionnelle. Enfin, avec ce confinement, les limites sont de plus en plus floues entre le temps de travail professionnel tel que décrit par Marie Agnès Barrère Maurisson : ajout temps de télétravail aux temps de trajet, temps parental et scolaire auquel s’est ajoutée l’école à la maison. Indépendamment du fait d’envisager la création d’une nouvelle dimension au temps parental existant ou l’apparition d’un sixième temps si cette tendance perdure, il s’agit d’observer comment le coaching professionnel pourrait soutenir durablement individus et organisations dans ces périodes bouleversées ?

Intrigués par le télétravail, nous menons une étude en 2019 sur la répartition des tâches afin d’appréhender une démarche sociologique, en nous interrogeant sur le comment, non le pourquoi du fait observé. Il s’agit notamment de mettre en relief, de rendre visibles des phénomènes invisibles car basés sur une perception, inconnus ou non expérimentés. La sociologie s’intéresse en particulier à ce qui fabrique les écarts et inégalités. Ce décalage de perception, entre l’espace réel et l’espace perçu, détermine l’objet de l’étude sociologique. Selon Bachelard, cette démarche se réalise autour de trois axes principaux : d’abord celui de la rupture (déconstruction des croyances de départ, neutralité), puis celui de la construction d’explications probables, enfin celui de la constatation de ces propositions compte tenu des faits analysés. En croisant les informations collectées avec des situations observées, les hypothèses émises au départ pourront être validées ou invalidées. Il s’agit possiblement de voir émerger de nouveaux schémas. L’analyse permet de soutenir un constat observé.

Nous vivons dans une société complexe et organisée. Le foyer, périmètre de notre étude concernant la répartition des tâches hommes/femmes, représente une partie de la société que nous allons observer. Notre échantillon correspond à 17 personnes interrogées en 2020, selon la répartition suivante : 

– femme : 81.3%, en couple homme/femme : 82.4%

– vivant dans une famille traditionnelle en 1ère union : 76.5%

– avec 2 enfants vivant au foyer : 35.3%

– conjoint travaillant à temps complet avec flexibilité des horaires : 82.4%

– conjoint travaillant avec souplesse des horaires : 64.4%

Pour 70.6% de nos interviewés, le télétravail est pratique et arrive avec le confinement. 

D’abord la parité familiale ne semble pas être une évidence pour tous : « on voit bien que les mentalités évoluent […] ça n’évolue pas tant que ça (au sujet des hommes et des tâches au quotidien) ». Une forme de pression sociale semble corrélée à la parité professionnelle et familiale lorsque J., entrepreneure, décrit le climat de préreprise pour son conjoint salarié : « C’est devenu compliqué quand il a fallu reprendre. Tous ses collègues avaient repris et son patron lui a dit ‘tout le monde reprend cette semaine, tu me dis ce que tu veux faire’. Il sentait bien qu’il fallait reprendre ». Cela nous interpelle sur l’importance de nous questionner sur l’impact de la promotion de la parité professionnelle et familiale. L’auteur le met d’ailleurs en avant lorsqu’elle s’exprime sur « une même logique » concernant « la place dans la famille et la place dans l’emploi ». Avec la part grandissante des familles monoparentales ou des aidants familiaux[2], les orientations des politiques publiques et des entreprises réinterrogent ces domaines en initiant une démarche responsable : statut et droits à faire évoluer (comme en 2019 avec le projet de loi Buzyn en faveur d’une reconnaissance et de nouveaux droits). L’intervention d’un coach professionnel contribuera, par exemple, à créer un climat de sécurité et de soutien, facilitant l’expression des difficultés et priorités dans un espace neutre. La prise en compte de l’individu et l’émergence de solutions possibles influencent les perceptions, le niveau de satisfaction, le sens donné…

Ensuite, la parité ne s’exprime pas de la même façon ou ne se traduit pas de la même manière en fonction du contexte : « ça a juste changé le fait que pendant le confinement il s’en est occupé. Et après le confinement, les choses ont repris (au sujet de la charge mentale) » ou encore « En plus, au niveau des tâches domestiques, je n’aime pas dire ‘il m’aide beaucoup’. Quand il me dit ‘je vais t’aider’, je lui réponds ‘non, tu ne vas pas m’aider, on se partage les tâches en fait’. Ce n’est pas moi qu’il faut aider ! Rien que dans la façon de s’exprimer, ce sont des mémoires qui restent et qui ne vont pas partir comme ça (au sujet du partage) ». S’agissant de la parité professionnelle, cela s’exprime plutôt comme cela : « pour moi, niveau travail, femme et homme on n’est pas égal […] ça se répercute sur le côté professionnel, quand tu as plus de fatigue par exemple (au sujet des hommes et des tâches au quotidien) ». La charge mentale fait l’objet de nombreuses observations et évolue pour « trouver son prolongement naturel dans le monde professionnel » selon un article du Point paru en juin 2021. L’IFOP publie d’ailleurs la deuxième édition de son baromètre sur la charge mentale professionnelle la même année et met en lumière les impacts sur la santé : stress, manque de sommeil, trop de tâches composent le top 3. Les cadres évoquent notamment « ne pas savoir comment allier vie privée et vie professionnelle ». Bénéficier d’un accompagnement adapté permet par exemple de repérer des fonctionnements et schémas comportementaux en situation professionnelle et conditions variées. Ainsi, l’individu apprend à exprimer ses besoins, repérer par lui-même les contextes favorisant le stress, les sources de motivation et de satisfaction, aussi à se protéger en posant ses propres limites par exemple. Un cercle vertueux s’installe progressivement au profit de la personne et de son environnement élargi.

En se basant sur l’article de référence et les cinq temps de la vie des ménages évoqués, nous retrouvons des observations concernant le temps physiologique ; les éléments du temps domestique comme la « vaisselle, les repas, la lessive » ; le temps personnel avec l’évocation de « loisirs » par exemple ; le temps parental majoritairement décrit comme du temps parental domestique ; enfin le temps de sociabilité. Nous constatons une répartition relativement homogène entre les conjoints, en fonction de la nécessité, des goûts et de l’éducation reçue. La composition du foyer semble faire évoluer la répartition, ainsi que la situation professionnelle, et ce, même avant le confinement. Nous retrouvons des expressions concernant : « l’arrivée des enfants, la création d’une entreprise, des discussions ou remises à plat, comment cloisonner école/travail/maison » qui amènent des prises de conscience notamment. Au-delà des enjeux de santé évoqués précédemment, le travail et l’école s’invitent désormais à la maison ! Savoir faire preuve d’agilité et de mise à distance nourrit son écologie personnelle en impactant positivement son efficacité professionnelle par exemple. Rappelons que l’International Coaching Federation définit le coaching comme une alliance entre le coach et ses clients dans un processus qui suscite chez eux réflexion et créativité afin de maximiser leur potentiel personnel et professionnel.  

Le schéma parental semble influencer les comportements et orientations pour les tâches domestiques : « cuisine, courses, jardinage, bricolage… ». Le modèle des parents et grands-parents influence certains répondants, mais inciterait en partie à une contestation de la norme. Ce schéma devient alors le modèle à ne pas suivre et pousse à tout mettre en œuvre pour ne pas le reproduire. Une hypothèse pour un choix peut-être inconscient… Pouvons-nous alors encore vraiment parler de libre choix ? Cela nous fait penser, à un niveau encore plus large, à l’influence normative et pourquoi pas, culturelle ou identitaire, de la mémoire collective. Cela résonne dans certaines expressions utilisées comme : « c’est typiquement masculin ; ce sont des mémoires qui restent et qui ne vont pas partir comme ça ; on voit bien que les mentalités évoluent ; finalement non, ça n’évolue pas tant que ça ». Nous faisons le rapprochement avec le concept de socialisation par la transmission de dispositions fondamentales, comme le langage, la manière d’interagir, les valeurs…, donnant à l’individu la possibilité de les intégrer. Se révèlent alors des « points d’accord ou de divergence sur les questions de l’éducation ; mode de garde des enfants ; horaires de travail ou encore choix professionnels… ». Cela nous interpelle à juste raison, et peut-être vous aussi ! Pour accompagner l’évolution d’une personne, d’une équipe ou d’une organisation, le coach s’appuie sur l’art de la relation qui permet d’entrer en interaction avec quelqu’un d’une façon telle qu’il réalise les projets qu’il choisit de mettre en œuvre en transformant, si c’est pertinent, ses attitudes et ses compétences. Le.s coaché.s se libère.nt de toute empreinte, prenant alors la juste place. Alors, si le coaching est à la fois une relation de partenariat avec la personne accompagnée et un processus créatif, incitant à développer le potentiel personnel et professionnel, quels seraient les bénéfices d’initier, poursuivre une démarche valorisant le grandir ensemble ? Que pourriez-vous entreprendre, expérimenter mobiliser, changer, réajuster, observer… (la liste est longue) pour entrer dans une danse responsable et vertueuse ?  A vous de décider et de chorégraphier la suite…

[1] Masculin/féminin : vers un nouveau partage des rôles ? Marie-Agnès Barrère-Maurisson https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00115868

[2] https://www.cfevolution.com/aidants-familiaux-quels-impacts-sur-une-organisation-de-travail